Affaires bizarres que les Chinois disent, Partie 2

BOOM BOOM BOOM! Voici la deuxième partie de la liste sans fin de choses étranges qui sortent des bouches chinoises. Je parle pas de gros crachats gluants en public là, mais bien de ce qu’ils disent, ce qui est 88% du temps complètement déluré et absurde et rend la vie ici plutôt colorée, même après 6 ans.

Vous avez sûrement remarqué en lisant la partie 1 que tous les exemples que j’ai donnés se sont passés originalement en chinois, traduits par votre humble serviteur. Le but ici est pas de dresser une liste de “lol, check ça check ça, y parle anglais tout croche, lol!!!”, je vais laisser ça aux autres blogueurs FOB. Le but est pas de se moquer du contenant, mais plutôt de démontrer l’humour dans le contenu, or, plus souvent qu’autrement les Chinois (comme le monde entier) ont une façade lorsqu’ils parlent une langue seconde.

Mais ça veut pas dire que tu peux pas avoir une fenêtre dans la culture et le psyché de quelqu’un en lui parlant en une langue seconde, loin de là; juste que c’est plus laborieux, et moins efficace, en général. Ce qui aide, est que certaines personnes ont aucun filtre, comme dans ces anecdotes:

Back en 2010 et 2011, sur une période de quelques mois un peu désespérée de ma vie nomade, je gagnais mon pain (ou mon riz) comme prof d’anglais dans un English mill, ces “écoles” un peu douteuses qui poussent comme des champignons aux quatre coins du pays, maintenant que l’anglais est une grosse business. J’enseignais à une palette assez variée d’étudiants, des petits enfants de 4 ans tout énarvés aux jeunes adultes qui essaient de passer un examen pour aller faire leur bac à l’étranger (et jamais revenir), en passant par des kids de secondaire de milieux ouvriers, tous entassés à 60 dans une pièce en béton pas chauffée. La seule affaire qu’ils avaient tous en commun est qu’ils apprenaient lentement, et qu’ils aimaient pas parler anglais plus qu’il faut.

J’avais aussi des cours privés, one-on-one, et ceux-là c’était parmi les pires. English Teacher X décrit assez bien pourquoi sur son blogue culte, mais en gros, c’est surtout parce que c’est un 40 minutes (ou parfois 80 minutes, tirez-moé quelqu’un) vraiment intense, non-stop, qui passe leeeeentemeeeent. Les cours en classe, tu as des “ice-breakers”, des présentations orales, parfois des films, et le gros du cours c’est EUX qui parlent, pas toé. Les cours VIP, tu as pas ce luxe. T’es toujours en train de diriger la conversation, quand t’es pas carrément après leur arracher chaque mot de la yeule.

En plus, bin, quoi qu’ils soient plus chiants et difficiles, tu te fais pas payer extra. C’est d’autant plus frustrant que le boss, lui, empoche la palette que les parents payent pour le premium assez substantiel d’avoir un cours privé avec un véritable Blanc comme dans les films.

Au moins ça peut être une source d’humour, incluant LE plus gros what the fuck moment que j’ai jamais eu en Chine, ou même durant ma vie entière. J’y viens, j’y viens.

Donc, début 2011, disait-on: “Amy” est une de mes étudiantes régulières, que je vois une ou deux fois semaine. Elle est une fille de douze ans de milieu riche plutôt classique: grassouillette, yeux vides, peu de confiance en soi, et toujours fatiguée morte, à cause de sa pile sans fin de devoirs, de ses extra-curriculaires forcés, et du quatre heures qu’elle passe sur la route (!!!) à chaque jour. Deux heures aller, deux heures retour, de notre hellhole industriel pollué de la province de Hebei jusqu’à son école privée ultra-chère à Beijing and back avec un chauffeur privé. Elle voit rarement ses parents, et me dit à plusieurs reprises qu’elle les haït.

Avec le recul, elle était pas si pire, quand même. Elle faisait ses exercices sans rechigner, progressait assez vite, et parlait déjà anglais assez bien, ce qui rend les choses plus faciles (j’étais pas supposé parler ching avec les élèves, et anyway ce serait très détrimental à leur apprentissage parce qu’ils vont juste me parler en cette langue par la suite). J’aimais juste pas qu’elle avait toujours l’air aussi décrisse. Elle traînait les pieds, avait la tête basse en permanence, et chaque How are you today, Amy? de ma part était inévitablement suivi d’un monotone Bad… so tired! Comme beaucoup de profs, mon humeur dépend de l’énergie et motivation des élèves, et avec elle, à chaque fois, mon moral plongeait, PLOUF.

Un jour, elle entre dans le petit local avec un gros sourire, et marche d’un pas plein d’énergie. Je lui demande ce qui la rend si contente.

– How do you say… this?

Elle met les deux mains sur la table et les secoue de gauche à droite.

– Ah… earthquake?

– YES!!! Earthquake! I’m happy today because…

Elle a même pas fini sa phrase que la yeule me tombe. Non… elle va pas… non… NON……

NOOOOOOOOON…….

– … because of the earthquake in Japan!!!

Tabarnak de sacrament d’esti de saint-calisse de fuckmarde.

C’est bien sûr du désastre de Fukushima dont elle parle, et qui vient tout juste d’arriver à ce moment-là. Je change de sujet assez vite merci.

Je veux dire, oui, c’est un euphémisme de dire que la Chine et le Japon sont pas vraiment amis. Checkez ça et ça pour vous donner une idée pourquoi. Mais la plupart du temps, les gens s’en foutent, et au pire vont dire de quoi du genre “j’aime pas le Japon” et c’est à peu près tout. Des fois quelqu’un va te sortir quelque chose d’horrible, mais plus souvent qu’autrement ce sera un vieillard sénile, ou un paysan sans éducation saoul mort. Mais là, une petite fille de douze ans?! J’ai failli tomber en bas de ma chaise.

***

Restons avec Amy. Elle est de niveau “pré-intermédiaire”, et pour la plupart des cours j’utilise un livre avec des exercices de lecture. Il va y avoir un court texte et des questions, du genre:

Tom is from America. He really likes to travel. Last year he went to South America. This year, he wants to go to Asia. He wants to eat fish in Japan, visit the Great Wall of China, and see the beautiful temples of Thailand.

1) Where does Tom come from?

2) What does Tom like to do?

…et blablabla. On lit le texte à voix haute ensemble, rien de spécial à part le fait qu’elle veut pas dire le mot Japan (elle dit he wants to eat fish in China), et à la dernière phrase, elle me demande:

What is that? Tem…ple? What is temple? Is it 人妖?

Double esti de calisse. Vous vous en doutez bien: 人妖 ça veut dire “transsexuel”. J’ai ri à en avoir mal aux côtes, avant de me rendre compte qu’elle était 100% sérieuse, et que là j’ai tellement ri que j’ai pissé quelques gouttes.

sup 人妖

sup 人妖

Encore une fois, je me dois de contextualiser un peu. Même si il est vrai que la Thaïlande est pleine de transsexuels et transvestis, c’est pas mal la SEULE chose que les Chinois savent à ce sujet. Honnêtement, je me souviens pas une seule fois où j’ai dit à des Chinois que j’ai habité en Thaïlande et qu’ils m’ont pas demandé “Oh… y a plein de trannies là-bas?!”. Mais là, encore une fois, AMY A DOUZE ANS STI.

Surtout, j’imagine les éditeurs du livre: “Tom aime voyager. Cet été, il veut aller manger du sushi au Japon, marcher sur la Grande Muraille de Chine, pis aller voir les beaux ladyboys de Thaïlande.” Ouin hin.

***

Et ainsi se conclut la Amy edition de cette série. À la prochaine fois!

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