La fois où chus allé à la Grande Muraille de Chine, pis que chus retourné en ville sur le pouce saoul et ensanglanté

Yinchuan, Nord-Ouest de la Chine, Juin 2009

“Comment ça sti vous savez pas c’est où? C’est pas supposé être l’attraction la plus célèbre de votre pays, pis une des plus célèbres au monde?!”

*Haussement d’épaules*

Jamais j’aurais cru que personne saurait comment se rendre à la Grande Muraille de Chine. La tite madame de mon hôtel, le monsieur qui m’a vendu mon déjeuner, le gars de la chambre d’à côté, et là, le personnel de la station d’autobus. Y ont toute aucune esti d’idée. Et je pense pas que c’est à cause que mon chinois est si déficient; je viens de passer 10 mois au pays, et chus capable de communiquer pas pire. Ils comprennent ce que je dis; ils savent que le célèbre Mur est pas trop loin, en périphérie de la ville, ils savent juste pas comment y aller.

Faut dire que chus pas à Pékin, tremplin duquel 99.9% des visiteurs de la Muraille partent, mais à Yinchuan, à 2000 km à l’ouest, en plein milieu du désert. Qu’est-ce que je vais crisser dans un endroit pareil?

Bin cette place existe, et c’est suffisant pour piquer mon intérêt et me faire vouloir y mettre les pieds. À la fin de mon contrat de prof d’anglais dans un bled de la province de Henan, il me restait 3 semaines à mon visa, ce qui veut dire que je peux faire un détour et prendre une longue route pour m’amener jusqu’en Thailande. Yinchuan est la première étape de ce périple. J’ai décidé d’y aller tout bonnement parce que c’est la capitale du Ningxia, un petit territoire qui sort un peu du lot quand on regarde une carte politique de la République Impopulaire de Chine. Comparé à ses énormes voisins, il est tout petit, et a l’air d’un morceau de casse-tête dépareillé. C’est l’Île-du-Prince-Édouard de la Chine, si l’Île-du-Prince-Édouard était en plein milieu du pays, sandwiché entre le Manitoba et la Saskatchewan.

En fait c’est même pas une province, mais un “territoire autonome” avec un gouvernement local composé de la minorité musulmane, majoritaire dans ce coin reculé du nord-ouest. Conséquemment, Yinchuan est une ville assez cute, parsemée de mosquées, et beaucoup de ses habitants sont des barbus avec un petit chapeau cylindrique. Je passe pas mal de temps à me promener de rue en rue, absorbant la vibe dépaysante de ce bled différent de toutes les places où chus allé en Chine à date.

Et comme si c’était pas assez pour en faire une étape agréable, y a surprenemment beaucoup de choses à faire et à voir. Chus déjà allé voir le petit zoo, le musée provincial, les tombes de la dynastie Xia (un petit royaume qui a existé de l’an 1000 à 1200 à peu près), le manoir du gouverneur romain (les Romains se sont rendu jusque là et ont établi une petite garnison pour protéger les caravanes de la route de la soie), le studio de cinéma (vous savez, tous ces films de guerre avec des Chinois avec les cheveux ramenés en boule sur la tête qui se battent à coups d’épée en criant WOOOOAAAAOOOOOOOO? bin y en a une trallée qui ont été tournés là) et chus allé me balader en montagne, avant de devoir rebrousser chemin après être tombé sur une base militaire. Oopsy.

Un petit 3 jours bien rempli, et en plus ça me coûte pas cher à date. La plupart de ces attractions sont gratuites, et ma chambre d’hôtel miteuse me coûte 4 piasses par nuit, entre la gare de trains et une ruelle avec des putes louches. Et là, il me reste une attraction touristique à cocher: le fameux Mur, qui passe à 30 km au nord de la ville, selon Wikitravel. Et là j’ai l’air cave, parce que personne sait comment y aller.

Finalement, un bonhomme me dit “Y a un bus qui va jusqu’en Mongolie Intérieure qui passe à côté du Mur. Demande au chauffeur si il peut te dropper là.” Ce que je fis. Le chauffeur est cool en plus, il me demande même pas de payer.

On sort de la ville assez rapidement, et on se ramasse en plein milieu du désert, dans un paysage aride et rocheux où peu de bâtiments viennent ponctuer l’horizon, le même paysage monotone mais fascinant que j’avais sous les yeux lors de l’interminable ride de train jusqu’à Yinchuan. Après une demi-heure, le chauffeur ralentit et m’interpelle. “C’est icitte tu débarques!” “Quoi?! me dis-je, y a rien ici!” L’autobus s’éloigne puis disparaît complètement, me laissant complètement seul. Je pensais qu’il y aurait, je sais pas moé, quelques groupes de touristes, un centre de visiteurs, un gift shop, et tout le tralala, mais y a fuckall. Juste la route sous mes pieds, une imposante montagne derrière moi, et… le Mur. Qui s’étend à l’infini devant moi. Je suis bouche bée.

greatwall1

Le Mur est juste deux mètres de haut, fait en briques de sable qui tombent en poussière, mais il manque pas de panache. C’est le vrai Mur tel qu’il a été construit durant la Dynastie Ming, pas une réplique rebâtie de B à Z pour les tourisses. Et je l’ai à moi tu-seul! J’essaie de grimper dessus et tombe sur le cul une couple de fois, après tout, il a été mis là pour arrêter ou du moins ralentir une horde de Mongols sanguinaires. Finalement, je réussis à me hisser sur le top, en utilisant les trous dans une partie particulièrement décrépite. J’ouvre ma bouteille de vin de marque Great Wall, prends un selfie (concept à fond) et avale une longue gorgée, fier de moi. Assis sur le mur à siroter le nectar raisinesque rouge foncé, j’apprécie la tranquilité du moment, le paysage post-apocalyptique, les siècles d’histoire sous mes fesses. Je suis heureux.

Je sais pas combien longtemps je reste là, mais bin vite ma bouteille de vin est vide. Je l’ai ouverte avec un tire-bouchon en plastique cheap-ass qui a fendu le bouchon en deux, droppant des petits grumeaux de liège dans le vin et rendant la bouteille impossible à fermer, alors je l’ai finie en une seule session.

J’imagine que j’aurais dû allumer AVANT que c’est pas trop brillant de boire une bouteille de vin au complet dans un spot isolé du désert en plein été, avec rien d’autre qu’une petite bouteille d’eau avec moi. Là, alors que le soleil monte de plus en plus haut dans le ciel de fin d’avant-midi et que mes veines gorgées d’éthanol viennent engourdir mon cerveau, je commence à regretter cette décision.

Alors qu’est-ce que je fais? Je me mets à l’ombre? J’entreprends de retourner en ville? Ou je grimpe une montagne rocheuse à pic pour avoir une vue aérienne du Mur?

Hahaha…

La montée se fait assez bien. Le rush d’exercice me réveille, la solitude me relaxe, et bin à ce point chus chaud comme un poêle, alors je gravis la montagne à bon rhythme, avec un sourire cave dans face.

greatwall2

Rendu pas tout à fait en haut, mais à un bon spot suffisemment haut pour contempler l’horizon, j’ai la gorge sèche en tabarnak. Ce serait parfait si j’avais encore un peu de vin, que je pourrais sipper en admirant la vue de ce monolithique Mur qui s’étend jusqu’à la mer. Mais j’n’ai pus. Et il me reste presque pus d’eau. Et chus rendu tellement saoul que j’ai les oreilles qui picotent. Et y fait CHAUD.

All right, party’s over, c’est le temps de retourner en ville.

Faut je descende de là, ensuite on avisera. Comme un cave, je décide de descendre par un autre chemin que celui que j’ai emprunté en sens inverse. Excellente idée.

Ce chemin s’avère impraticable, et bin plus à pic que l’autre. Certains bouts il faut que je me mette à quatre pattes ou que je saute sur une roche plate deux mètres plus bas. Et y est pas question de rebrousser chemin! Backtracking est un crime.

Soudain, CRAAACK, la roche se détache, et je dégringole la pente comme le méchant dans Tintin et les Cigares du Pharaon. Rien de mortel (duh), ou même sérieux, mais assez pour me calisser une estie de trouille, me donner quelques bleus, et m’ouvrir un moyen gash dans la jambe. Je me remets sur pied, descends avec le double de précautions, et arrive en bas sain et sauf, à part mon tibia qui me fait maintenant sérieusement souffrir et qui dégoutte lentement, formant une irrégulière ligne de sang tout coagulé jusqu’à mon bas.

Chus quand même pas encore sorti du bois, ou du désert plutôt. Il y a juste une route, celle par laquelle chus venu, alors je m’assois sur l’accotement et j’attends. Quelques minutes passent avant qu’un petit SUV se pointe au loin. Quiconque a déjà fait du pouce en région pas juste rurale, mais éloignée sait que pas mal tous les chars arrêtent, puisque le simple fait de voir un piéton est une surprise. Et j’imagine que le jeune couple dans ce char-là en a eu une tabarnaque de grosse : un étranger, saoul mort, couvert de tattoos, de coups de soleil, de poussière et de sang séché, qui leur demande incohéremment si ils vont à Yinchuan. Question rhétorique, vu qu’y a pas d’autres villes en chemin.

Je me réveille quand le gars me secoue la carcasse. Je suis couché de tout mon long sur leur banquette arrière, déshydraté comme un raisin sec rebelle que tu trouves en dessous de ton sofa en faisant ton ménage annuel. On est rendu en ville, je vois les grandes bâtisses tout autour de nous. Je les remercie, avant de boiter lentement vers un arrêt de bus. Je trouve quelle ligne va à la gare, et éventuellement j’arrive à ma chambre, où je cale deux litres d’eau avant de tomber dans un sommeil profond.

Ma méga envie de pisse me réveille, et il fait déjà noir dehors. Y a presque personne dans la rue mal éclairée, à part quelques putes à rabais assis sur des petits tabourets en face de leur salon de « massage », et deux ou trois Musulmans en train de manger des nouilles dans un restaurant couche-tard. Je me joins à eux (les Musulmans d’abord, les putes ensuite).

All in all, une pas pire journée.

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